Mardi matin, je suis rentré à la job avec la tête dans le cul suite à une indigestion expulsée la veille gracieuseté d’un produit de la charmante cafétéria de la Presse. Ou était-ce mon fils qui m’a légué sa gastro-express du dimanche d’avant? M’enfin, disons que je ne filais pas et j’en ai fait part à mon patron qui tout-de-go m’a mis sur une mission qui épargnerait les gens de voir ma face de boeuf. Cette mission était de photographier le futur quartier des pestacles près de la Place des Arts. Pas n’importe comment en plus, aérienne qu’il la voulait la photo. Ne pouvant me louer de chopper vu la crise économique (!), me vla tu pas avec ma gastro, mon équipement et mon air de ti-chien abattu en quête d’une shot, une seule shot!
Les deux gros buildings longeant le site sont en rénos et ressemblent drôlement à une fourmilière virile peuplée de gars de la construction. Allons-y, la photo sera faite vite faite. “T’as pas de casque pis t’as pas de bottes, c’tun chantier icitte!” me répond-on quand je demande si je ne peux pas avoir accès au dernier étage. Alors que mes ptits Converse faisaient demi-tour, j’entends: “Heille le gros, t’as juste à revenir vers 3 hres, presque tous les gars vont être partis, tu auras jusse à te faufiler.” J’en ai pris bonne note.
En attendant, je m’en suis remis à la terrasse du Hyatt qui m’a donné ceci:

Légère déception face à la vision peu aérienne que m’offrait la terrasse, je me suis dirigé vers l’administration de l’hôtel pour qu’on me donne accès à 6 étages plus haut:
-Non, monsieur, je ne peux pas vous donner accès.
-Vous êtes sûre madame, y a rien à faire?
-Non, mais je peux vous donner la permission d’aller sur la terrasse.
-Je l’ai déjà fait.
-Vous n’aviez pas la permission!
-Vous venez de me la donner…
J’ai continué mon chemin vers le Musée d’Art Contemporain où on m’a donné le numéro de téléphone du monsieur responsable de l’immeuble. Finalement rejoint en milieu d’après-midi, il m’a fait passer à travers une vitre de bureau au 3e étage, résultat décevant une fois de plus:

Après m’être heurté à un service déficient à l’UQAM coin Bleury et Président-Kennedy pour cause de vote de grève, ma dernière chance était mes chums de la construction puisque 3 heures allaient bientôt sonner. Le “pas de bottes” et le “pas de casque” me sont revenus en écho mais la gentillesse d’un jeune jobber m’a fait entrer sur le chantier. “Fais juste attention par terre, il peut y avoir des clous, je vais te prêter un casque.” Correct vieux, me dis-je fier d’être illégal. Nous montons un étage, nous entrons dans un bureau où il prend un casque qu’il me tend. Ce casque était rose bonbon. Je le regarde avec une face qui dit “tu me niaises?”. C’est le casque qu’on donne aux gars qui oublie le leur, crois-moi qu’ils ne l’oublient plus après, qu’il me répond l’air très fier.
Je me suis ensuite claqué 5 étages avec cette moumoune de casque, sous la pluie des rires des toughs aux guns à clous, les insultes des électriciens, les regards plein de mépris des ferblantiers. je regardais à terre avec mes ti-kodaks sur les épaules. Rendu sur le toit, seul avec mon escorte, j’ai pu avoir finalement ce que je voulais, une shot pseudo aérienne:


Morale de l’histoire: derrière des photos qui peuvent paraître banales dans le journal se cachent de longues histoires fleuve où on doit écrire “orgueil” sur une feuille et piler dessus!